
"Qu'on laisse désormais les morts enterrer les morts."
30 ANS D’OMERTA EN 10 DATES (vidéos)
Automne 1979, des lettres anonymes parviennent aux sièges de plusieurs journaux. Elles accusent Robert Boulin d’avoir acquis de manière illégale une garrigue à Ramatuelle (Var), sur laquelle il aurait fait bâtir une résidence secondaire. Le journal d’extrême droite Minute est le premier à attaquer vigoureusement le ministre. Boulin choisit de riposter, déclarant au micro d’Europe 1 le dimanche 21 octobre : « Que voulez-vous que je réponde ? J’ai l’âme et la conscience tranquilles et j’ai été exemplaire. Peut-être encore plus que vous ne le pensez, parce qu’il y a des choses que je ne peux pas dire ici. » / Entretien avec J. Douté par Rue89 en 2007
30 Octobre1979, Robert Boulin est découvert mort en forêt de Rambouillet / Journal midi 2
Seconde autopsie
Juin 1983, La Famille Boulin dépose plainte contre X / Journal Midi 2
13 Janvier 1984, Rapport de la seconde autopsie / Journal de Soir 3
17 Janvier 1984, Requête ouverte au Procureur de la République / Aquitaine Actualités
Non-lieu
Septembre 1991 (1), Non Lieu / Journal Aquitaine Actualités
Septembre 1991 (2), La Famille décide de faire appel / Journal Midi 2
Rouvrir
18 Avril 2007, Première demande de réouverture de l’instruction / Entretien de Rue89
16 Octobre 2007, Refus de réouverture sur faits nouveaux / Article de Rue 89
24 Mars 2010, Second refus de réouverture sur faits nouveaux / Journal de 20h TF1
LA CHRONOLOGIE COMPLÈTE DU DOSSIER JUDICIAIRE
30 octobre 1979: Robert Boulin, 59 ans, est retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet (Yvelines). Le SRPJ de Versailles chargé de l’enquête conclut d’abord au suicide par noyade dans 50 cm d’eau, après absorption de barbituriques, puis, dans un deuxième temps, après ingestion de Valium. Dans une lettre posthume dactylographiée, Boulin expliquerait son geste: « Je préfère la mort à la suspicion, encore que la vérité soit claire ». La publication des articles de presse, suite aux lettres anonymes, aurait rendu Robert Boulin dépressif.
Octobre 1980 : Disparition des prélèvements de sang de Robert Boulin. Le docteur Le Breton, responsable de l’institut médico-légal décide alors par précaution de cadenasser le frigo contenant les derniers prélèvements d’organes du ministre.
Mai 1983 : Colette Boulin affirme sur TF1 qu’elle n’a jamais cru à la thèse du suicide de son mari et qu’après sa mort, on a fait pression sur elle pour qu’elle se taise. Le magazine Paris-Match publie des photos du corps du ministre tirées du dossier judiciaire.
Juin 1983 : La famille Boulin, conseillée par leur avocat Jacques Vergès, dépose plainte contre X pour homicide volontaire.
28 septembre 1983 : Afin de pouvoir prouver la noyade, Jacques Vergès demande au juge d’instruction Michel Maestroni, du Tribunal de Versailles, un examen anatomo-pathologique, pour comparer les particules contenues dans les poumons du ministre avec des prélèvements d’eau de l’Étang Rompu. Cette analyse ne sera jamais effectuée suite à la disparition des poumons et les prélèvements d’organes, conservés à l’institut médico-légal seront tous détruits.
16 novembre 1983 : Une deuxième autopsie à l’hôpital Pellegrin de Bordeaux, à la demande de la famille, après exhumation du corps, met en évidence la présence de plusieurs fractures au visage non-mentionnées lors de la première autopsie en 1979. Les légistes constatent que le corps a subi des soins de thanatopraxie et d’embaumement, sans que la famille en soit informée. Ceci est contraire aux lois françaises et aurait eu pour effet de maquiller les traces de coups. Les légistes considèrent qu’il y a eu « traumatisme appuyé du massif facial du vivant de Robert Boulin » sans conclure, pour autant, que ce traumatisme ait pu être mortel. Claude Richir, ancien responsable du laboratoire de l’hôpital Pellegrin, déclare avoir constaté une fracture des os propres du nez, pouvant difficilement résulter d’une chute. On doit, selon lui, envisager la possibilité d’une mort «consécutive à de petites hémorragies multiples diffuses dans le cerveau, comme chez les boxeurs après un KO mortel».
15 janvier 1984 : Bertrand Boulin déclare à la presse avoir vu des dossiers sortis par son père avant sa mort, en septembre 1979, concernant Elf, Dassault, la Sécurité sociale et l’Arabie saoudite. Ces dossiers ne seront jamais retrouvés. Laetitia Sanguinetti, la fille d’Alexandre Sanguinetti, avance que : «D’après ce que papa m’a dit les dossiers de Boulin concernaient une série de facturations diverses et variées de grosses sociétés, françaises ou étrangères, qui servaient au financement occulte des partis, et notamment au RPR.».
18 janvier 1984 : Sur les marches du Palais de justice de Paris, la famille Boulin accuse le procureur de la République de Versailles, Robert Barbat, de « forfaiture », suite aux nombreuses irrégularités et anomalies de l’enquête. Robert Badinter, garde des Sceaux, porte plainte pour « diffamation » contre la famille Boulin.
Mars 1984 : L’affaire Boulin est dépaysée au Tribunal de grande instance de Paris. Le magistrat Yves Corneloup reprend le dossier, en liaison avec la Brigade criminelle.
Octobre 1985 : Découverte d’une écoute téléphonique du maire de Saint-Léger-en-Yvelines démontrant que l’heure de décès de Robert Boulin a été rectifiée sur ordre du Procureur de la République de Versailles.
7 novembre 1985 : Déposition de l’adjoint au maire Serge Tirlet qui décrit les traumatismes au visage de Robert Boulin, qu’il avait lui-même constatés au bord de l’Étang Rompu.
30 avril 1987 : Avec son nouveau conseil, René Boyer, la famille Boulin demande au garde des Sceaux, Albin Chalandon, l’aide judiciaire pour financer les coûts d’exhumation des bocaux contenant les derniers prélèvements d’organes du ministre censés se trouver sous un monument à la gloire des donneurs d’organes au cimetière de Thiais.
Juillet 1987 : L’hebdomadaire L’Express annonce que le réfrigérateur cadenassé de l’institut médico-légal contenant une partie des prélèvements de poumons de Robert Boulin a été fracturé, puis vidé de son contenu.
28 octobre 1987 : Le juge Corneloup interroge sur commission rogatoire Henri Tournet, l’homme qui a vendu le terrain de Ramatuelle à Robert Boulin, vivant à Ibiza. Malgré les demandes réitérées de la famille à différents ministres de la justice, l’extradition d’Henri Tournet n’a jamais été requise. Le magistrat demande à la Brigade criminelle de retrouver le postier de Montfort-l’Amaury pour éclaircir l’épisode des lettres posthumes. Selon la Brigade criminelle c’est impossible car il est en Guadeloupe. Le postier, retrouvé par des journalistes en consultant l’annuaire, était en fait affecté à un poste en Bretagne.
Novembre 1987 : Après des fouilles infructueuses au cimetière de Thiais, la famille Boulin découvre que les ultimes prélèvements d’organes du ministre n’y sont pas enterrés, contrairement à ce que la Justice et la police lui indiquaient depuis plusieurs mois.
8 janvier 1988 : Dans L’Express, James Sarrazin révèle que la position des lividités cadavériques sur le dos de Robert Boulin indique que le corps du ministre a été déplacé après sa mort. Un pool de journalistes de plusieurs médias se constitue pour tenter de tirer au clair les conditions de la mort de Robert Boulin.
Mars 1988 : Le magistrat Alain Verleene reprend le dossier Boulin.
Juin 1988 : La famille Boulin porte plainte pour « destruction de preuves ».
20 septembre 1991 : Ordonnance de non-lieu rendue par la juge d’instruction, Laurence Vichnievsky, seulement neuf jours après que le dossier lui a été confié, concluant au suicide « sauf à retenir comme certaine l’existence d’une vaste conspiration ».
24 mars 1992 : Confirmation du non-lieu « en l’état » par la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Paris, présidée par Martine Anzani.
15 décembre 1992 : La Cour de cassation confirme le non-lieu, ouvrant un délai de 10 ans avant une éventuelle prescription.
4 juillet 1995 : La Justice rend une ordonnance de non-lieu suite à la plainte pour « destruction de preuves » déposée par la famille Boulin à la suite de la disparition des prélèvements anatomo-pathologiques.
Novembre 1999 : Le magazine Golias, sous la signature de Francis Christophe, publie une contre-enquête détaillée remettant en cause la version du suicide.
15 janvier 2002: un reportage par de jeunes journalistes de Canal+ met à mal la thèse du suicide et relance le dossier judiciaire. L’émission 90 minutes sur Canal + apporte de nouveaux éléments infirmant la thèse du suicide : le témoignage du colonel de gendarmerie (Jean Pépin) qui a sorti le corps de l’eau, d’une spécialiste en toxicologie (Juliette Garat) qui a analysé le sang du ministre.
30 octobre 2002 : La Justice annonce l’audition de nouveaux témoins dans l’affaire Boulin. Cette nouvelle enquête préliminaire interrompt la prescription.
13 décembre 2002 : Témoignage de Jacques Douté dans le journal Sud Ouest expliquant avoir été prévenu de la mort de Robert Boulin dès le 29 octobre 1979, à 20 heures.
4 janvier 2006 : Fin des nouvelles auditions devant un officier de police judiciaire de Nanterre. 28 personnes ont été entendues entre 2002 et 2006 mais il n’y a pas réouverture d’information judiciaire.
Avril 2007. Benoît Collombat, grand reporter à France Inter publie Un homme à abattre chez Fayard.
18 avril 2007: Mme Boulin-Burgeat demande une nouvelle instruction et affirme que de nouveaux éléments accréditent un assassinat et met en cause le SAC (Service d’action civique), une organisation d’activistes gaullistes. Première Requête [pdf]
Juin 2007. Fabienne Boulin adresse une lettre au Président de la République Sarkozy. Lettre au Président Sarkozy [pdf]
16 octobre 2007 : Le procureur général de la Cour d’appel de Paris, Laurent Le Mesle, a rejeté une nouvelle demande de réouverture du dossier effectuée par Fabienne Boulin-Burgeat.
27 octobre 2009: L’ancien ministre Jean Charbonnel confie sur France Inter qu’il n’a plus de doutes et qu’il s’agit pour lui d’un « règlement de comptes politique »
Mars 2010: Mme Boulin-Burgeat demande à nouveau la réouverture de l’enquête après de nouveaux témoignages faisant état d’un assassinat, dont celui de l’ancien ministre gaulliste, Jean Charbonnel. Seconde Requête [pdf]
Juin 2010: le procureur général de Paris décide de ne pas rouvrir l’enquête.
Janvier 2011: Mme Boulin-Burgeat a déposé une requête devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour contester le refus de la justice française de rouvrir l’enquête. Maître Morice adresse au Garde des Sceaux un courrier pour obtenir le rapport sur la disparition des pièces de l’enquête et copie de l’ensemble du dossier. La perte d’une partie du dossier et des scellés se rapportant à la mort de Robert Boulin en 1979 avait été constatée début juin 2010 au tribunal de Grande instance de Paris.
RESSOURCES
Un homme à abattre (2007) chez Fayard de Benoît Collombat
« J’ai toujours pensé que le journalisme pouvait permettre d’établir des grilles de lecture de l’histoire récente. Avec cette affaire, nous avons en fait une formidable boîte noire de la Ve République. »

Ce livre est le fruit de cinq ans de contre-enquête. Son auteur a exploré toutes les archives, publiques ou privées, et interrogé plus d’une centaine de témoins. II fait apparaître un incroyable imbroglio judiciaire. Expertises sabotées. Disparitions en série de scellés pourtant indispensables à la recherche de la vérité. Enquêteurs et témoins qui mentent ou se dérobent à la justice. Confrontations jamais organisées… II révèle les coulisses d’une des affaires les plus explosives de l’histoire de la Ve République : Robert Boulin n’aurait-il pas été éliminé parce qu’il en savait trop sur le mode de financement du RPR ? De nombreux éléments troublants confortent aujourd’hui la thèse d’un règlement de comptes politique. Le livre de Benoît Collombat jette une lumière crue sur des mœurs politiques qui n’ont, hélas, rien perdu de leur actualité. Benoît Collombat est grand reporter à france Inter.
Boulin, le fantôme de la Ve République chez Owni de Francis Christophe
Voici l’histoire d’un exploit. Comment, dans la France des années 70, un ministre en exercice du gouvernement français a été liquidé, à l’issue d’un règlement de comptes dans son propre camp politique. L’affaire se déroule en 1979. Valéry Giscard d’Estaing est alors président de la République, Raymond Barre Premier ministre et Jacques Chirac, maire de Paris, préside le premier parti de la majorité de droite, le RPR. Owni shop
Vidéos, articles et reportages audios
- 1988 James Sarazin dans L’express
- 2002 C+ Lundi invetigation
- 2003 Emission Interception
- 2007 Rendez-vous avec X
- 2011 Le Point Interview
il y a un livre qui parle du décés de mr boulin, c’est un livre du medecin legiste
raymond martin « mort suspecte » au edition clmann-levy
J’avais été très marqué par l’émission » interception » de 2003, et je n’osais imaginer que ce scandale judiciaire puisse en rester là.
Je viens de lire le « Dormeur du Val » et je tenais à vous exprimer mon admiration pour le courage dont vous faites preuve.
Comme avocat je comprends le véritable cauchemar que vous avez vécu avec votre mère et votre frère, en vous heurtant à une Justice aux ordres.
l’accès aux archives radio et video est primordial.
Tenez bon !